Les cartons sont montés, le rouleau d’adhésif crisse, et la règle du tri a été fixée la veille : tout ce qui n’a pas servi depuis deux ans s’en va. Puis, derrière une pile de pulls, apparaît une pochette noire au fermoir doré, frappée des trois lettres YSL. Achetée on ne sait plus trop quand, portée à deux mariages, oubliée depuis. Le carton « à donner » est à portée de main. C’est le moment de ralentir.
Mettre de côté avant de donner
Un tri efficace n’est pas un tri expéditif. Avant de remplir les sacs destinés à une association ou à une ressourcerie, prévoyez un carton à part, que vous ne fermerez pas tout de suite, pour les objets signés d’une grande maison. Il ne s’agit pas de tout garder, mais de ne pas déposer dans un point de collecte une pièce dont vous ignorez l’intérêt. Le critère n’est pas l’âge : une pochette des années quatre-vingt et un sac acheté il y a cinq ans méritent le même réflexe.
Méfiez-vous aussi de votre propre jugement sur le style. Une pochette qui vous semble démodée peut correspondre exactement à ce que recherchent les amateurs de pièces vintage ; à l’inverse, un sac encore dans l’air du temps n’a pas forcément d’intérêt particulier sur le marché de la seconde main.
Dans ce carton, on retrouve généralement :
- les sacs et pochettes portant un sigle ou la signature d’une maison de couture ;
- les foulards et carrés de soie signés ;
- la petite maroquinerie, portefeuilles, porte-cartes et étuis ;
- les ceintures à boucle siglée ;
- les housses, boîtes et factures retrouvées au fil du rangement.
Ce dernier point compte plus qu’il n’y paraît. Une facture glissée dans un classeur de papiers administratifs, une boîte oubliée au grenier : rattachées au bon objet, elles en documentent l’origine. Mettez-les dans le carton plutôt que dans le bac de recyclage, et signalez ce carton sur votre inventaire de déménagement, si vous en tenez un, pour qu’il ne rejoigne pas par erreur le lot destiné à la ressourcerie.
Profitez du tri pour vérifier l’état des pièces mises de côté. Une pochette restée des années dans un sac plastique peut avoir souffert de l’humidité. Sortez-la, laissez-la respirer à l’air libre, loin du soleil, pendant que vous continuez les cartons.
Une première estimation sans quitter les cartons
Inutile de bloquer une journée en pleine période de déménagement. De nombreuses maisons de ventes proposent une estimation gratuite en ligne, à partir de photos. Pour un sac Saint Laurent, on vous demandera une vue d’ensemble, l’intérieur, les marquages et quelques détails, avec ce que vous connaissez de son histoire : où et quand il a été acheté, s’il a été réparé, quels accessoires l’accompagnent. Dix minutes près d’une fenêtre suffisent pour réunir les images.
Si le carton contient aussi un foulard signé ou une ceinture, regroupez les demandes : une même maison de ventes peut examiner l’ensemble, ce qui vous évitera de multiplier les démarches en pleine période de déménagement. Indiquez directement votre future adresse et un numéro de téléphone fiable, pour que la réponse ne se perde pas avec le courrier de l’ancien logement.
La réponse arrivera peut-être après le déménagement, et ce n’est pas un problème. Si elle révèle un intérêt modeste, rien ne vous empêche de donner la pochette comme prévu, en sachant cette fois ce que vous donnez. Si elle révèle une pièce recherchée, vous déciderez à tête reposée, une fois les cartons vidés. Dans les deux cas, le sac attendra, à condition de voyager correctement.
Transporter un sac qui pourrait avoir de l’intérêt
Ne le jetez pas dans un carton avec les chaussures. Rembourrez-le de papier de soie pour qu’il garde sa forme, enveloppez-le dans sa housse ou, à défaut, dans une taie d’oreiller en coton, et posez-le à plat, sans rien de lourd par-dessus. Le cuir ne supporte ni la chaleur d’un coffre de voiture en plein été, ni l’humidité d’un garde-meuble mal ventilé. Tenez-le également à l’écart des produits d’entretien, des bougies parfumées et du savon : le cuir et la doublure fixent les odeurs, qui mettent ensuite des semaines à partir.
Le plus sûr reste de le transporter vous-même, avec vos papiers d’identité et vos objets personnels, plutôt que de le confier au camion. Un sac n’occupe guère de place sur une banquette arrière, et c’est la seule façon de savoir exactement où il se trouve pendant que tout le reste est en transit.
